Vous avez peur de tout ? Vous avez tout essayé pour vous en débarrasser ? Méditation, hypnose, médecines douces, méthode Coué… Rien n’y fait ?
Il vous reste peut-être une dernière solution : consulter le mystérieux Grand Spy.
Dans son cabinet aussi accueillant qu’une salle d’attente de l’au-delà, deux patients tentent de trouver le remède à leurs angoisses. Mais entre les confidences inquiétantes du praticien, sa faux bien en vue et ses tarifs quelque peu… dissuasifs, la guérison n’est pas forcément là où on l’attend !
Une petite comédie noire, quelques dialogues grinçants et un soupçon d’absurde pour aborder un sujet qui nous concerne tous : la peur.
Car après tout, faut-il avoir peur de la peur… ou de celui qui prétend vous en guérir ?
Edito
Texte de Régis Brindeau
La peur, cette grande comédienne
La peur est une artiste formidable. Elle peint des monstres sur les murs, transforme une ombre en assassin et un bruit de tuyauterie en invasion extraterrestre. Elle a le sens du spectacle, un budget illimité et une imagination que même les plus grands écrivains de science-fiction lui envieraient.
Elle nous fait craindre le pire, surtout quand le pire n’a aucune intention de venir. Elle nous prépare à toutes les catastrophes possibles, y compris celles qui n’existent pas encore. Une véritable organisatrice de loisirs anxiogènes.
La peur adore l’avenir. Elle y passe ses journées à construire des ruines, à enterrer des vivants et à organiser des funérailles pour des problèmes qui ne sont même pas nés.
Elle nous conseille de ne rien tenter, de ne rien dire, de ne rien changer. On pourrait tomber. On pourrait échouer. On pourrait même réussir, ce qui serait franchement embarrassant puisqu’il faudrait alors recommencer.
Et puis, il y a la peur du regard des autres. Ces gens qui passent leur temps à penser à nous, paraît-il, alors qu’ils sont probablement occupés à se demander ce que les autres pensent d’eux. Une gigantesque réunion de gens qui s’imaginent être le centre du monde, sans que personne n’ait reçu l’invitation.
Le plus drôle, c’est que la peur se prétend notre amie. Elle veut nous protéger. Elle nous enferme dans une cage et nous explique que dehors, c’est dangereux. Quand on lui demande depuis combien de temps elle a visité l’extérieur, elle répond qu’elle a lu des choses sur Internet.
Alors, de temps en temps, il faudrait peut-être lui couper le micro.
Pas pour devenir courageux. Le courage, c’est souvent de la peur qui a oublié ses lunettes.
Mais simplement pour vivre un peu.
Après tout, nous finirons tous par disparaître. Autant éviter de passer notre existence à trembler devant le générique de fin.
La peur est une excellente conseillère, à condition de ne jamais lui confier les clés de la maison.
Les caractères mobiles en imprimerie, donc la typographie, ont été créés par le Chinois BI SHENG aux environs de 1040, soit 400 ans avant GUTENBERG»
De Jean- Louis DEBRÉ (fils de l’autre et ministre de l’intérieur en 1995)
après l’attentat de l’avenue de Friedland :
« L’enquête le dira mais il semble bien que c’est (sic) un engin explosif qui ait explosé »
- On a eu chaud !
De François FROMENT-MEURICE, (5/89) énarque, fils d’ambassadeur, secrétaire du groupe centriste, juge la motion de censure :
« Si ça continue, on fera des motions de censure sur la taille des plumes qu’on doit se mettre dans le cul »
De France Soir (9/89)
« Le meilleur vin de messe serait le muscat « passito » sicilien, ont estimé les experts d’une commission mixte composée de prélats et d’œnologues européens lors d’un congrès tenu à Asti sur le thème : le vin d’autel. »
- A vos burettes !
Voyons un peu la presse d’Outre Manche : Sunday Times 3/89.
Georges BROWN (ministre des affaires étrangères anglais) raide, pété invite une silhouette vêtue de rouge à danser, qui lui répond :
« Je ne danserai pas avec vous pour deux raisons : primo vous êtes complètement ivre et deuzio parce que je suis le nonce apostolique du pape »
Une vieille église, une nuit d’orage… Le vent gémit, les éclairs déchirent le ciel, et le clocher semble attendre l’heure du Jugement dernier. On entre ? Pas sûr. Même Dieu, ce soir-là, a l’air d’avoir oublié ses clés.
Il faut dire que la religion a parfois le chic pour nous apprendre à avoir peur. Peur du péché, de l’Enfer, du Diable, des démons, des esprits malins… Bref, tout un petit monde invisible, mais remarquablement bien organisé pour nous gâcher les nuits.
Et quand la religion ne suffit plus, les croyances maléfiques prennent le relais. Un chat noir traverse la route ? Mauvais présage. Un miroir se brise ? Sept ans de malheur. Une échelle contre un mur ? Surtout, ne passez pas dessous ! On ne sait jamais, des fois que le malheur ait pris un abonnement.
Quant à cette église, dans la nuit, sous l’orage… Elle a de quoi impressionner.
Mais si on entend geindre à l’intérieur, je vous préviens : je ne chercherai pas à savoir si c’est le Diable ou le curé…
Je cours.
Virage couleur d’après une photo noir et blanc argentique
Ma fainéantise est proverbiale aussi, ne m’excuserais-je pas plus longuement de cette impertinente composition, construction, déconstruction de divers textes et citations spécialement dédiée à ce numéro «La peur» de l’Ego du Moi(s).
Issues d’une race grossière et barbare de la région du Pélion et de l’Ossa en Thessalie, les centaures, créatures de sexe mâle, mi-homme, mi-cheval (hippocentaure) étaient primitivement armées d’une massue.
Leurs lèvres, peu familières avec le langage humain, ne peuvent former aucun mot. Il en découle qu’il est parfaitement inutile de leur adresser la parole. Si, braves et toute peur inhibée, vous vous risqueriez à le faire, prenez garde à vous: un simple soupir les rend attentifs et ces êtres sauvages, rustres, et violents ne sont gouvernés que par leurs instincts bestiaux.
Polyvalents et robustes, quatre-vingt-dix de ces redoutables centaures se sont actuellement inscrits en tant que moyen opérationnel de protection des Français et Françaises. Affichant des dimensions de poids lourds de classe trois (3,82m de haut, 7,5m de long et 2,94m de large), une garde au sol particulièrement élevée et plus de 300 chevaux sous le capot, équipés d’une caméra longue distance d’une portée de 9km, permettant de voir de jour comme de nuit grâce à sa vision thermique, ils sont un concentré de technologie et de robustesse, capable d’agir sur un large spectre de missions.
Les centaures sont de véritables couteaux suisses: ils peuvent se rendre au plus proche des sinistres pour protéger et secourir la population et intervenir en zone montagneuse ou boisée pour la recherche d’individus armés.
Grâce à leurs équipements modulables, les centaures adaptent leur action à la situation et permettent un usage gradué de la force: lors de graves troubles à l’ordre public, ils peuvent tirer des grenades lacrymogènes à l’aide de leur tourelleau, afin de maintenir à distance ou faire se disperser des individus violents. En cas de menaces plus graves, les centaures peuvent être équipés d’une mitrailleuse 7,62mm téléopérée, que ce soit en appui des forces de sécurité intérieure locales pour aider à stabiliser un territoire, ou directement intégré dans un convoi militaire.
Sur le territoire national, les centaures pourront intervenir en cas de crises de très haute intensité mettant en péril le maintien des libertés ou l’intégrité des organes essentiels à la défense de la Nation, pour protéger les institutions et garantir la continuité de l’État.
Sur ces hauts niveaux de crise, les centaures disposent également d’un système de détection des tirs adverses et d’une protection nucléaire, radiologique, biologique et chimique.
Histoire de dérider cette pesante atmosphère, remercions notre cher Honoré pour cette petite anecdote rapportée dans l’édition de ses œuvres diverses (t. 2, 1850, p. 125): La semaine dernière, une lettre, en forme d’invitation de bal, est arrivée à tous les centaures de la garde nationale. M. le colonel de la troisième légion veut que ses cavaliers se laissent pousser des moustaches.
Illustration Wikipédia, licence Creative Commons: Le Centaure de Tymfi (créé par la société Skulls Unlimited sur commande et selon les spécifications de Bill Willers).
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Cet échange très riche, nous permet de profiter de 6 pages à l’intérieur de cette revue pour y transmettre nos informations et notre point de vue sur l’art, la poésie et la philosophie.
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